On va pas tout faire comme les Suisses

4/14/20252 min temps de lecture

"Les Suisses font ça pour se motiver au départ !"
"Ce n’est pas une raison… ils fabriquent aussi des couteaux. On ne va pas tout faire comme eux."

Je termine souvent mes interventions sur la transformation avec cette citation tirée de Rasta Rockett. Elle fait toujours sourire.

Dans toute transformation, la tentation est grande de chercher ailleurs des modèles qui ont fonctionné.
On se tourne vers les fameuses "bonnes pratiques", les benchmarks, la bible spotify et les guilts, les recettes qui ont fait leurs preuves. Et souvent, on essaie de les appliquer chez nous, telles quelles, comme si le succès était duplicable par simple volonté.

Mais une organisation, ce n’est pas un copier-coller.
Ce qui marche ailleurs ne marche pas forcément ici.

Parce qu’une méthode n’est jamais neutre. Elle est le produit d’un contexte : une histoire, une culture d’équipe, une dynamique humaine, parfois même des non-dits ou des habitudes informelles. Et je sais de quoi je parle dans un environnement comme La Poste, son identitié et sa culture fortes. Dans les années 1980, après que Toyota ait démontré des performances industrielles largement supérieures à celles des entreprises occidentales, de nombreuses délégations venues d’Europe et des États-Unis ont commencé à visiter les usines japonaises, notamment celle de Toyota à Toyota City. Les Japonais, loin d’être inquiets, ouvraient grand leurs portes. Les Occidentaux venaient avec des appareils photo, prenaient des notes, dessinaient les postes de travail, analysaient les kanbans, les cellules en U, les flux, les Andons, les 5S, etc. Mais ce que les Japonais disaient : « Ils peuvent copier ce qu’ils voient, mais ils ne comprendront pas l’esprit. »

Plaquer une méthode sans comprendre tout ça, c’est risquer de créer du rejet. Ou pire : de faire semblant de changer.

Prenons le basket.

En 2015, les Golden State Warriors deviennent champions avec le plus haut taux de passes décisives par match (27,4).
Pas parce qu’ils avaient écrit "jouer collectif" sur un tableau. Mais parce qu’ils avaient bâti, depuis plusieurs saisons, une culture du jeu de mouvement, de la fluidité, de la confiance.

Et pourtant, combien d’équipes ont tenté de les imiter ensuite, sans le même succès ? Même style de jeu. Mêmes types de profils. Mais pas la même alchimie. Pas la même cohérence culturelle. Pas la même histoire collective.

Dans l’entreprise, c’est exactement pareil.
Copier une méthode sans comprendre le pourquoi, c’est souvent passer à côté de l’essentiel. Ce n’est pas la méthode qui fait la transformation. C’est la manière dont elle s’inscrit dans une culture, dont elle est incarnée, appropriée, réinterprétée

Une transformation réussie, ce n’est pas un copier-coller d’un modèle.

  • C’est un processus de traduction et d’appropriation.

  • C’est écouter, ajuster, tester, se tromper, recommencer.

  • C’est respecter le point de départ de son équipe et ne jamais oublier que la solution est rarement à l’extérieur : elle se construit dans le réel, avec les gens.

Alors non, on ne va pas tout faire comme les Suisses. Parce que la performance durable ne vient pas d’une méthode importée, mais d’une transformation incarnée. Une transformation qui nous ressemble. Qui s’appuie sur ce qu’on est, sur ce qu’on veut devenir. Et sur ce qu’on est prêts à construire ensemble.