
La coopération meurt dans les silos mentaux
5/5/20253 min temps de lecture
On parle souvent de coopération comme d’un objectif à atteindre, mais on oublie que pour coopérer… il faut déjà être capable de penser ensemble.
Et ça, ce n’est pas automatique. Parce que bien souvent, on ne travaille pas contre les autres, mais chacun dans sa propre logique.
Et c’est justement ça qui bloque : pas un manque d’effort ou d’envie, mais une radicalisation silencieuse des façons de penser
Le problème, ce n’est pas la divergence. C’est la certitude.
Plus la coopération est nécessaire, plus elle devient difficile. Et ce n’est pas une affaire d’égo ou de mauvaise volonté. C’est une affaire de logiques professionnelles différentes, qui se referment sur elles-mêmes :
chacun agit selon sa culture métier,
chacun défend ses priorités, ses contraintes, ses indicateurs,
chacun pense que l’autre ne comprend pas ou complique.
70 % des salariés déclarent ne pas comprendre les priorités des autres équipes de leur organisations et Et 86 % des managers identifient les silos comme une cause majeure de dysfonctionnement. (PwC, Gallup, McKinsey 2019–2022)
La radicalisation des positions vient du fait qu’on ne reconnaît plus la logique de l’autre comme légitime. On n’a pas le même cadre, donc on disqualifie. Et l’autre fait pareil.
Résultat : Personne ne freine volontairement, mais chacun avance dans son couloir, persuadé que le sien est le seul valable.
Comme dans une défense NBA qui ne switch plus
En basket, une bonne défense, ce n’est pas cinq joueurs qui restent chacun sur leur homme. C’est une défense qui switch, qui s’adapte, qui compense pour préserver l’équilibre. Mais quand chacun reste figé sur “ce n’est pas mon joueur” ou “ce n’est pas mon job”…
la faille apparaît. Et l’équipe encaisse.
Prenons les Brooklyn Nets de 2021 : Kevin Durant, James Harden, Kyrie Irving.Un trio de superstars. Mais seulement 16 matchs joués ensemble en deux saisons. Chacun avec son propre tempo, ses logiques, ses priorités. Pas de cadre, pas de culture commune : le collectif n’a jamais pris.
À l’inverse, les Celtics de 2008 ont gagné un titre NBA avec trois stars (Garnett, Pierce, Allen)… qui ont redéfini leurs rôles au service d’un système. 23,5 passes décisives par match, une défense collective redoutable, et un mantra :
Ubuntu – “Je suis parce que nous sommes.” Quand Doc Rivers reprend l’équipe, il ne leur donne pas juste un système de jeu. Il leur propose une culture. Une philosophie dans laquelle ma performance n’a de valeur que si elle élève l’équipe. Chacun a dû lâcher un peu de soi pour faire émerger le “nous”.
Pas d’individualité sacrifiée, mais un engagement partagé dans une dynamique collective. Ubuntu, c’est penser que le collectif est plus fort que la somme des talents. Et c’est exactement ce qui a fait la différence. Non pas un simple ajustement tactique. Mais une transformation d’état d’esprit.
Penser ensemble, ce n’est pas penser pareil.
Le cœur du sujet est là : Coopérer, ce n’est pas tout faire ensemble. Ce n’est pas penser la même chose. C’est comprendre que l’autre raisonne différemment — et que c’est normal.
75 % des projets transverses échouent ou prennent du retard à cause d’un manque de coordination inter-équipes (Harvard Business Review, 2020). Pas à cause d’un manque de compétence. Mais à cause d’un manque d’articulation des logiques.
Coopérer, c’est accepter de croiser les lectures sans hiérarchiser les postures.
Et ça demande : du temps, de la curiosité, et surtout… de l’humilité.
On ne casse pas les silos par décret. On les casse quand on accepte de remettre en cause ses propres réflexes. Quand on passe du “j’ai raison” au “on a tous une partie de la vérité, mais pas la même.”
La coopération commence dans la tête. Et souvent, c’est là qu’il faut mettre le premier coup de pied dans la porte.
